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D’ailleurs, les poissons n’ont pas de pieds. Chronique familiale

Stefansson, Jon Kalman. Auteur | Boury, Éric. Contributeur

Edité par Editions Gallimard , 2015

"Elle est plus belle que tout ce qu’il a pu voir et rêver jusque-là, à cet instant, il ne se souvient de rien qui puisse soutenir la comparaison, sans doute devrait-il couper court à tout ça, faire preuve d’un peu de courage et de virilité, pourtant il ne fait rien, comme s’il se débattait avec un ennemi plus grand que lui, plus fort aussi, c’est insupportable, il serre à nouveau les poings, récitant inconsciemment son poème d’amour. Elle s’en rend compte et lui dit, si je dénoue mes cheveux, alors tu sauras que je suis nue sous ma robe, alors tu sauras que je t'aime." Ari regarde le diplôme d’honneur décerné à son grand-père, le célèbre capitaine et armateur Oddur, alors que son avion entame sa descente vers l’aéroport de Keflavík. Son père lui a fait parvenir un colis plein de souvenirs qui le poussent à quitter sa maison d'édition danoise pour rentrer en Islande. Mais s’il ne le sait pas encore, c’est vers sa mémoire qu’Ari se dirige, la mémoire de ses grands-parents et de leur vie de pêcheurs du Norðfjörður, de son enfance à Keflavík, dans cette ville "qui n’existe pas", et vers le souvenir de sa mère décédée. Jón Kalman Stefánsson entremêle trois époques et trois générations qui condensent un siècle d’histoire islandaise. Lorsque Ari atterrit, il foule la terre de ses ancêtres mais aussi de ses propres enfants, une terre que Stefánsson peuple de personnages merveilleux, de figures marquées par le sel marin autant que par la lyre. Ari l’ancien poète bien sûr, mais aussi sa grand-mère Margrét, que certains déclareront démente au moment où d’autres céderont devant ses cheveux dénoués. Et c’est précisément à ce croisement de la folie et de l’érotisme que la plume de Jón Kalman Stefánsson nous saisit, avec simplicité, de toute sa beauté. Grand Prix SGDL de traduction 2016

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Avis des lecteurs

  • Bout du monde ! 5/5

    « D’ailleurs, les poissons n’ont pas de pieds » de Jon Kalman Stefansson, est l’histoire d’une famille sur trois époques différentes. Le récit se compose d’allers-retours dans le temps qui nous font découvrir les hommes et les femmes de ces trois générations. Mais c’est aussi l’histoire d’une terre, l’Islande, et d’une ville en particulier, Keflavik. Une ville où « nulle part ailleurs en Islande, les gens ne vivent aussi près de la mort ». Ari a quitté sa terre natale et cette ville « qui n’existe pas », plaquant subitement épouse et enfants pour un tout petit rien, pour fuir les effets implacables de la routine sur l’amour. Lui qui pense « que celui qui veut aimer l’Islande doit parfois s’en exiler », s’est installé au Danemark où il a fondé sa maison d’édition. Mais une lettre de son père, lui annonçant qu’il est malade, va le ramener vers son île et ses souvenirs. Une lettre accompagnée d’une photo de ses parents et du diplôme de son grand-père Oddur, capitaine mythique de Keflavik, qui ne vivait à cette époque que par et pour la pêche. Oddur est le héros de la famille, le pêcheur valeureux dont la femme Margret attendait avec inquiétude le retour lorsqu’il partait en mer. La description de ce couple et surtout celle de leur reconcontre est certainement la meilleure partie du roman ! Il décrit avec une écriture poétique et magnifique la vie dure et âpre de cette région du monde. Il a une tendresse particulière pour les femmes qui dans ce monde d’hommes dominants sont si courageuses et si fortes.

    par RAYE Diane Le 03 juin 2020 à 13:33